Une diplomatie plus ecclésiale que politique
La plupart des diplomates accrédités près le Saint-Siège, qui écoutaient les vœux de Benoît XVI le 9 janvier, estiment que la diplomatie du Vatican est devenue plus ecclésiale que politique, plus multilatérale que bilatérale.
Benoît XVI n’est pas Jean-Paul II. Ce n’est pas un scoop. Cette différence se ressent surtout dans le domaine diplomatique. S’il assume l’héritage de son prédécesseur, c’est « comme plusieurs tons en dessous« , regrette l’un des 80 ambassadeurs présents lors de l’audience du pape le 9 janvier dernier. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs confié à Frédéric Mounier, journaliste à « La Croix », que la diplomatie de Benoît XVI est « plus ecclésiale que politique, plus multilatérale que bilatérale« .
Que ce soit à propos du printemps arabe, de la Syrie, de la Libye, de la Côte d’Ivoire, beaucoup de diplomates sont restés sur leur faim. Certains ont même été choqués lorsque le nonce à Abidjan a appelé, peu avant la chute de Laurent Gbagbo, à respecter la décision de la Cour constitutionnelle qui l’avait déclaré vainqueur. De même, les diplomates romains ont vainement attendu une réaction du Saint-Siège concernant les combats menés par l’OTAN en Libye ou lorsque le patriarche maronite libanais, Mgr Bechara Raï, a semblé soutenir le régime syrien pour la sauvegarde des chrétiens locaux.
En fait, sur le plan bilatéral, le grand succès de la diplomatie vaticane reste Cuba, où l’Église participe activement à la transition vers l’après-Castro. Une participation qui sera couronnée par le voyage de Benoît XVI à La Havane, du 26 au 28 mars.
Déclin du bilatéralisme
Un autre diplomate accrédité déplore également une « obsession » de ses interlocuteurs romains sur la question du « genre » et sur « la santé reproductive« . « Rome pourrait pourtant participer de façon constructive à ces débats, sans s’y opposer a priori« , suggère-t-il. De manière générale, beaucoup regrettent « l’absence de moyens et le manque d’organisation de la Curie« , ainsi que la décision, annoncée le 15 décembre, de ne plus remettre un discours du pape aux nouveaux ambassadeurs venus leur présenter leurs lettres de créance. Décision qu’ils perçoivent comme confortant le déclin du bilatéralisme.
PA/La Croix
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