Le vice-président de Danone récompensé pour son humanisme
Ce mercredi 7 juin, le vice-président du groupe Danone, Emmanuel Faber, a reçu le Prix Humanisme chrétien 2012 pour son livre « Chemin de traverse » (Albin Michel). Pour les membres du jury, il s’agit d’un « ouvrage novateur et formateur, accessible au plus grand nombre, et répondant aux valeurs de tradition sociale et d’humanisme chrétien ».
Alliant à la fois l’efficacité du manager et une approche éthique des convergences entre l’économie et le social, Emmanuel Faber ouvre, dans son livre, des perspectives originales sur le monde de la finance et de l’entreprise en valorisant la dimension humaine de ses initiatives. N°2 de la troisième multinationale sur le marché agroalimentaire mondial, il fait effectivement partie de cette nouvelle élite surdouée qui a préféré donner du sens à sa vie de grand décideur en subvertissant le système de l’intérieur, un peu à la manière d’un Martin Hirsch, avec lequel il a collaboré sur plusieurs projets au nom de Danone.
Subvertir le système de l’intérieur
Pour lui, la rationalité économique ne se réduit pas à un simple calcul entre des pertes et des gains, en vue d’une maximisation exponentielle des profits. Elle est grosse d’enjeux plus importants qui touchent à la vie, à la conscience, à l’humain. « Oui, vivre: c’est de cela qu’il s’agit, car lorsque nous acceptons à ce point de réduire notre champ de conscience pour mettre en œuvre des décisions au nom des seuls raisonnements et des supposées injonctions économiques, lorsque nous feignons d’ignorer les enjeux sociaux, culturels, naturels des décisions que nous prenons en tant qu’acteurs économiques, nous nous mettons en exil de nous-mêmes, exclus de notre propre conscience, de ce qui fait l’humain de notre humanité« , explique-t-il.
Cet homme qui n’hésite pas à plaider pour la « tempérance » et même la « continence » n’en reste pas moins un manager très exigeant, soucieux d’efficacité et de résultats. « Ni l’argent, ni le temps, ni le talent ne nous appartiennent, comment accepter de les dépenser sans compter? » écrit-il dans son livre. Même s’il reconnaît gagner énormément – selon le rapport annuel de l’entreprise, il a reçu pour 2010 une rémunération totale de 3,4 millions d’euros –, Emmanuel Faber se dit prêt à payer davantage d’impôts. La pyramide des revenus est, dit-il « un enjeu social mondial » qu’il espère voir évoluer, citant dans son livre cet exemple chiffré: si les rémunérations pour 1 % des salariés les mieux payés des multinationales étaient de 30% inférieurs, on pourrait doubler la rémunération des 20% des salaires les plus faibles, pour l’essentiel dans des pays en voie de développement.
Pas de changement possible sans une conversion personnelle
Emmanuel Faber voudrait donc contribuer à éveiller les esprits sur les destructions que provoque une économie livrée à la seule logique financière. Simplement, il ne croit pas que les choses puissent changer vraiment sans une « conversion » des personnes, une par une. « La question« , explique-t-il, « c’est simplement de proposer une ouverture afin de respirer un peu différemment et que la conscience de chacun puisse ainsi émerger à son rythme. »
Pour info, le Prix Humanisme chrétien est attribué depuis 2004 par l’Académie d’éducation et d’études sociales et l’Association d’éducation et d’entraide sociales, lesquelles ont pour objectif de promouvoir, en France, toutes formes d’actions soutenant l’éducation et les applications des enseignements sociaux chrétiens.
Pascal André
Crédit photo: Eric Manas
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