L’exemple venu de Suisse
Editorial de Pascal André, paru dans « Dimanche Express » n°9 du 10 mars 2013 :
L’exemple vient parfois d’où on ne l’attend pas. Le 3 mars dernier, 67,9% des Suisses ont exigé, au terme d’une votation (sorte de consultation populaire), la mise en place d’un système de contrôle des rémunérations des grands patrons du pays, et voté pour l’interdiction des « parachutes dorés » (indemnités exceptionnelles de départ) et des « golden hello » (primes d’arrivée) qui leur sont très souvent octroyés. Un vote qui a été suivi de très près en Suisse, mais aussi à l’étranger, sans doute en raison du contexte économique actuel.
Mais pourquoi donc les Suisses, qui ont la réputation d’être viscéralement attachés au libéralisme, ont-ils décidé de jouer les pionniers dans ce domaine? Sans doute, parce que, comme la plupart des Européens, ils en ont marre des salaires excessifs, bonus et autres parachutes dorés qu’empochent les dirigeants des grandes entreprises, et cela quels que soient leurs résultats. Il faut dire que plusieurs scandales récents sont venus renforcer ce sentiment. Ainsi, il y a un mois – pour ne prendre que le dernier exemple en date –, le groupe pharmaceutique Novartis, numéro deux mondial, a-t-il attribué un bonus exceptionnel de 72 millions de francs suisses (60 millions d’euros) à son patron sortant Daniel Vasella, en échange d’une clause de non-concurrence. Un parachute doré auquel il a finalement renoncé, sous la pression populaire.
En cette période de crise, où l’on demande des sacrifices à tout le monde, le vote des Suisses montre qu’il est urgent de légiférer dans ce domaine. Il est d’ailleurs fort probable que l’on obtiendrait des résultats similaires, voire supérieurs, si un référendum de ce type était organisé à l’échelle de l’Union européenne. Heureusement, les mentalités évoluent peu à peu, y compris parmi nos dirigeants. Ainsi, quatre ans après la crise financière, l’Union européenne envisage, pour la première fois, de limiter les bonus accordés aux dirigeants de banques. Bien sûr, ne soyons pas iréniques. La créativité des banques ne sera pas moins fertile dans ce domaine que dans d’autres. Sans doute imagineront-elles des montages juridiques permettant d’assouplir cette nouvelle règle. Mais réjouissons-nous malgré tout de voir l’Europe avancer dans ce domaine, même s’il reste encore beaucoup à faire pour moraliser certaines pratiques du monde économique et financier.
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